Le 3ème (Piémont) Régiment d'infanterie de ligne 1495-1815

Un des plus anciens régiments de l'armée française. Celui-ci trouve ses origines dans les bandes du Piémont autrement connu sous le nom ''gens de pieds au delà les monts''.

Ce régiment fut créé lors des guerres d'Italie (1494-1504). Le régiment de Piémont était au camp de Grenoble lors du début de la révolution, sous les ordres du dernier Colonel de l'ancien Régime, Louis-Marie-Jacques-Amalarie (Comte de Narbonne 1755-1813 nommé le 28 Octobre 1789). Il est à noté que ce dernier fut, plus tard, connu sous le nom de Narbonne-Lara et devint Général de division et Comte sous l'empire. Il servie en tant qu'aide de camp à l'empereur Napoléon 1er le 24 Décembre 1811 et fut nommé Ambassadeur à Vienne en 1813.

La loi du 1er Janvier 1791 décréta que les régiments devaient cesser l'utilisation de leurs noms Royal et se limiter à leurs numéros. Le régiment de Piémont fut alors connu sous le nom de: ''3ème régiment d'infanterie''. Le régiment a participé à la bataille de Jemmapes, le 6 Novembre 1792. Il fut dans le Jura, en Alsace et au Pays-Bas Autrichien jusqu'en 1796. Le régiment se rendit ensuite à Strasbourg pour rejoindre de nouveaux volontaires, ce qui augmenta les effectifs du régiment à 2565 troupes et officiers, sous le commandement de leur nouveau Chef de brigade, Pierre Martilliere (1759-1807).

Durant cette période, ils furent les sujets de deux amalgames. Ces amalgames étaient un processus de combinaison de bataillons d'expérience avec des bataillons de nouveaux volontaires. Par décret du 1er Février 1796, la 3ème demi-brigade d'infanterie de ligne fut créée à partir des unités suivantes : 91e demi-brigade de bataille (incluant le 1er bataillon du 46ème Régiment d'infanterie, et les volontaires du Jura et de l'Ain) ainsi que la 127ème demi-brigade de bataille (constituée du 1er bataillon du 68ème Régiment d'infanterie, et des volontaires du Haut-Rhin et de la Haute-Marne)

Dès 1798, la demi-brigade était partie intégrante de l'armée d'Italie, commandée depuis le 26 Mai 1798, par le Chef de brigade Georges Mouton (1770-1838, futur Général de division et Comte sous l'empire).

La 3ème demi-brigade fut alors cantonnée à Gagnoa et La Verriera. Le 24 Septembre 1803, le terme ''régiment'' fut restauré et l'unité fut nommée : le 3ème Régiment d'infanterie de Ligne.
Le 1er Février 1805, le Colonel Laurent Schobert (1763-1830, Général de brigade a partir du 6 Août 1811), fut nommé commandant de ce régiment.

1805

Au début de la guerre de la troisième coalition, le 3ème de ligne était cantonné au camp de Boulogne au sein du 4ème Corps d'armée (sous les ordres du Maréchal Soult), dans la 3ème division du Général Legrand.

Quand le projet d'invasion de l'Angleterre fut abandonné à la fin de 1805, l'empereur quitta Boulogne et se dirigea vers l'est avec la plupart de ses troupes. L'objectif était de prendre Vienne et de battre les puissances de l'Autriche et de la Russie. Marchant au centre du grand mouvement de roue qui encercla Ulm, le 3ème de ligne participa à la prise d'Augsbourg, Landsberg et Memmingen pour ensuit prendre position à 50km au sud de l'objectif principale de Ulm, bloquant ainsi les déplacements ennemis. Le Général Mack et ses forces Autrichiennes d'Ulm capitulèrent le 20 Octobre. Chassant ensuite les troupes Russes, le 3ème régiment fut impliqué, le 16 Novembre, dans les combats d'arrière garde à Hollabrünn en combattant à proximité du pont de Schöngraben.

Le 2 Décembre lors de la Bataille d'Austerlitz, ce fut Soult et son corps d'armée qui fut choisi pour réaliser l'attaque centrale et décisive sur le plateau de Pratzen. Le 3ème régiment, au sein de la 3ème division du Général Legrand, débuta les combats la nuit qui a précédée la bataille. Le régiment placé sur le flanc droite de la division repris le village de Tellnitz qui était occupé par de Chevau-léger Autrichiens. Le lendemain, le 3ème régiment ainsi que la légion Corse ont défendu ce village contre une force de cinq bataillons du 1er Régiment Sczéklers et des troupes frontalières Croates le long du ruisseau Goldbach.
Bien positionner à l'intérieur des maisons et dans les vignobles, les troupes françaises réussirent à décharger plusieurs tirs en ligne de grande efficacité contre les troupes autrichiennes déployés pour une attaque massive. En moins d'une heure, les autrichiens livrèrent cinq attaques sans succès. Le combat héroïque du 3ème régiment d'infanterie de ligne lui mérita la devise -FERMETÉ DU 3ÈME DE LIGNE-. Le régiment adopta éventuellement une autre devis –RÉSOLU DE CREVER PLUTOT QUE DE NE PAS TENIR BON- .Après avoir subit de lourdes pertes, le régiment fut évincé de Tellnitz, pour ensuite être renvoyé a l'arrière pour se reformer. Le Maréchal Davout, envoya le 1er régiment de dragons ainsi que le 108ème de ligne afin de rétablir la situation.

1806-07

Au cours de la campagne d'été de 1807, le 3ème de ligne se retrouva au sein du Corps de réserve du Maréchal Lannes, dans la 2ème division du Général Verdier, et composait avec le 72ème de ligne, la Brigade du Général Harispe. Ils ont débuté la campagne en participant aux combats de Heilsberg, le 10 Juin 1807. Ayant été dans la réserve tout au long de la journée, le Maréchal Lannes NE donna d’ordres au Général Verdier et à sa division que seulement après 10 heures le soir, moment auquel la bataille était presque terminée. Les bataillons du 3ème et du 72ème de ligne, appuyés par le 75ème de ligne de la division Legrand, furent ordonnés de charger la redoute devant Heilsberg. Cette dernière ayant résisté à une multitude d'attaque, tout au cours de la journée. L'attaque échoua à nouveau dû à un puissant tir d'artillerie Russe. Les troupes françaises perdirent près de 2300 hommes lors de cette attaque. À lui seul, le 3ème de ligne perdit 33 Officiers et 920 soldats blessés ou tués .Le colonel Chobert ,commandant du 3ème , se trouvait parmi les blessés.

Dès le lendemain, l'empereur, ordonna de concentrer les forces. Il donna l'avant-garde de l'armée au Maréchal Lannes avec ordre de se déplacer en direction de Friedland, le 13 juin 1807. Ils atteignirent le village de Pothenen, situé à 16 km à l'ouest de Friedland, le soir même. La cavalerie de Lannes ainsi que les Grenadiers Oudinot défendirent ce terrain sous un feu intensif d'infanterie et de charges répétées de la cavalerie russe. Le Maréchal Lannes informa l'empereur de son intention de défendre le passage aux troupes russes et de les garder sur la rive gauche de la rivière Alle, et ceci jusqu'à l'arrivée de l'armée française. Le matin suivant, à 9 heures, une force de 9000 troupes d'infanterie et de 8000 cavaliers fut déployée sur 6km de front, afin de contenir 46000 Russes! Les Français essayèrent de tenir bon devant l'attaque massive mais l'intensité du feu ennemi fut foudroyante. Une heure plus tard, à 10 heures, la division Verdier approcha pour appuyer les troupes déjà présentes. Le 3ème régiment fut immédiatement envoyé dans la mêlée. L'empereur Napoléon arriva sur les lieux à midi et à 5 heures de l'après-midi, il ordonna une attaque générale contre les forces russes. L'infanterie de Lannes, soutenu par les batteries d'artillerie de Sénarmont avancèrent lentement et entrèrent dans la ville de Friedland, tout en repoussant l'ennemi. Le 3ème de ligne subit de lourdes pertes, 720 troupes et 21 officiers tués ou blessés. Le régiment avait, en moins d'une semaine, perdu 1704 hommes, soit près de 50 % de sa force initiale!

Suite à la signature du traité de Tilsit, le 3ème régiment fut renvoyé en France. Fait à noter: ce dernier ainsi qu'un certain nombre d'autres régiments furent à cette époque sélectionnés pour recevoir le nouvel uniforme Blanc. Le nouvel uniforme du 3ème avait la couleur distinctive Vert Impérial. Le 1er bataillon fut le seul à le recevoir et sous les ordres du Major François Duclos, ses 825 hommes passèrent en revue devant l'inspecteur général Schauenbourg à Strasbourg, le 1er novembre 1807. Le Colonel et le reste du régiment, étant cantonné à Dantzig, ne furent pas remis ce nouvel uniforme. L'année suivante l'uniforme bleu fut rétabli pour l’ensemble de l’armée Française.

1809

La prochaine campagne du régiment fut contre les Autrichiens en 1809. Le 3ème de ligne, toujours sous les ordres du Maréchal Lannes et son 2ème corps d'armée, était dans la brigade de Lorencez, au sein de la 3ème division de Louis St-Hilaire. Le 3ème régiment était composé de 3 bataillons, nombrant 1860 hommes. Le régiment s'est couvert de gloire pour la première fois de la campagne à Eckmühl, le 22 avril 1809.

Suite à ses succès à Abensberg deux jours plutôt, le Maréchal Davout se retrouva avec 20000 hommes pour contrôler la région, pendant que le reste de la Grande Armée poursuivait ce qu'ils croyaient être les armées de l'Archiduc Charles. En réalité ce qu'ils poursuivaient n'était que l'aile gauche de cette armée. Davout se retrouva soudainement devant la majeure partie des troupes autrichiennes, quelques 70000 hommes. Après de lourds combats, les troupes de Davout, en nombres grandement inférieurs, commencèrent à perdre du terrain. Napoléon ordonna le Maréchal Lannes de se rendre en vitesse, en partance de Landshut, au secours de Davout. Aux alentours de 16:30, le 3ème de ligne ainsi que d'autres troupes du Maréchal Lannes, attaqua avec férocité le IV Corps d'armée autrichien qui défendaient les approches d'Eckmühl. À la tombée de la nuit, les troupes françaises étaient maître de la ville, pendant que les deux flancs de l'armée autrichiennes furent vaincues et défoncées. Cet affrontement coûta, au régiment, la perte de 25 Officiers et 520 troupes.

Le 21 mai, à la bataille d'Essling, Lannes traversa l'île de Lobau pour confronter les aurichiens à Aspern. Le 3ème ainsi que le reste de sa division jouèrent un rôle important dans les combats et aidèrent dans la capture d'un bataillon complet de l'ennemi, ainsi que 5 cannons et un drapeau. Remarquant une brèche dans la ligne ennemie, Napoléon ordonna qu'une attaque soit lancée à cet endroit. À 7:00 le lendemain matin, les trois divisions d'assaut du Maréchal Lannes furent positionnées le long de la route Aspern-Essling. Ils avancèrent en échelon, avec sur la droite, la division de St-Hilaire en tête. L'artillerie autrichienne avait déjà ouvert le feu sur les troupes françaises de manière intensive. Soutenu par la cavalerie Française, le combat acharné continua, et les autrichiens furent repoussés vers le village de Breitenlee. Les troupes de Lannes, accusant de lourdes pertes, toujours croissantes, et n'ayant presque plus de munitions, furent ordonnées de reculer à leur position originale. Les ponts ayant été incendiés empêchèrent le réapprovisionnement en troupes et munitions. Vers l 12 :00 heures, les français étaient de retour derrière la route Aspern-Essling. La grande percée espérée au travers de la brèche avait échouée. Le commandant de division, le Général St.-Hilaire, fut mortellement blessé quand son pied gauche fut emporté par la feu ennemie. A 14:00 de l'après-midi, les Autrichiens prirent le contrôle d'Aspern. Vers les 16 :00 heures, Napoléon recula ses forces jusqu'au abordes du Danube pour organiser une retraite finale lors de la quel, le Maréchal Lannes eut ses deux jambes pulvérisés par un boulet de canon. Le 3ème de ligne perdit cette journée la, 27 officiers et 500 soldats, blessés ou tués.

Une nouvelle bataille eu lieu les 5 et 6 Juillet 1809 à Wagram. Le général Oudinot fut nommé commandant du 2ème corps d'armée, suite au décès du Maréchal Lannes, le 31 Mai. Le 3ème régiment faisait toujours partie de la 3ème division. Cette dernière était maintenant sous le commandement du Général Charles L D. GrandJean. À 21 :00 heures, le soir du 4 Juillet, l'avant-garde des troupes d'assaut d'Oudinot traversa le Danube à la hauteur de Stadtler Arm en bateau, sous la menace d'orages électriques. Pour ensuite se diriger vers Marchfield. Le 5 Juillet a 4 :00 du matin, Oudinot et ses hommes rencontrèrent des troupes de Jagers autrichiennes. Ces troupes légères en infériorité numérique, furent repoussées jusqu'au château de Sachsengang. Une fois que la résistance de ceux-ci fut terminée, les divisions d'Oudinot se mirent en marche pour prendre position le long du ruisseau de Russbach vis-à-vis la Baumersdorf (route reliant Adreklaa et Markgrafneusiel).Devant eux se trouvait le 2ème corps d'armée autrichien ,sous les ordres du Fieldmarshal-lieutenant Hohenzollern. Tandis que le 3ème régiment de ligne attaqua avec force le village, le 10ème d'infanterie Légère et le 57ème de Ligne de la division GrandJean débutèrent une attaque sur le flanc droit. La bataille aux alentours de Baumersdorf fut très persistant et continua jusqu'à midi, le 6 Juillet. Cette bataille permit à Napoléon de concentrer ses troupes au centre. Oudinot reçu l'ordre de charger l'escarpement et de déloger les troupes d' Hohenzollern, tandis que MacDonald, qui était au centre, devait mener sa fameuse attaque massive, soutenu par les 102 canons du Général Lauriston. Lors de ces affrontements intensifs, la division de GrandJean, incluant le 3ème régiment de ligne forcèrent le Régiment d'infanterie d'Aspre, sous les ordres du General-major Wied-Runkel, à reculer.

La capture de Markgrafneusieldt par les troupes du Maréchal Davout, sur la gauche, força tous les Autrichiens à abandonner Baumersdorf Le 3ème de ligne perdit lors de cette bataille 19 officiers et 400 hommes, tué ou blessés. Le Colonel Chobert était parmi les blessés.

1810-15

Le régiment retourna à Paris en 1810, juste à temps pour être envoyé en Espagne l'année suivante. Le 7 Septembre 1811, le régiment se trouva sous le commandement de leur nouveau Commandant, le Colonel Louis Ducouret. Le 3ème de ligne faisait alors partie de l'armée d'Andalousie du Marshal Soult. En 1812, le régiment pris part à des combats, de moindre ordre, contre des forces Anglo-Portuguèse à Sanguessa et Bilbao. Le 7 Octobre 1813, ils furent impliqués dans les combats de la traverse de Bidassoa, ensuite à Nivelle et Bayonne. Cette période fut surtout marquée par des manoeuvres et contre - manoeuvres, fatiguant les troupes sans vraiment donner de résultats. Ils reprirent bientôt le chemin de la France.

Après leur départ de la péninsule Ibérique, le 3ème régiment tomba sous le commandement du Colonel Claude-Marcel Delson (nommé le 25 Novembre 1813, suivant la mort de Ducouret) et furent placés en garnison à Strasbourg afin d'appuyer les troupes revenant de la désastreuse campagne de Russie. Le régiment pris part à la campagne de France en 1814, et ,encor une fois,sous le commandement d' un nouveau commandant, le Colonel Hubert Vautrin, ils se démarquèrent lors des batailles de Bar-sur-Aube et Arcis-sur-Aube, les 20 et 21 Mars 1814.

Sous la 1ère restauration, le 3ème régiment fut renommé, le Régiment du Dauphin, et fut cantonné à Douai. Avec le retour de l'empereur en 1815, le régiment reprit son nom de 3ème de ligne. Les derniers soldats de la dernière campagne prirent part aux batailles de Ligny et Waterloo. Lors de la bataille de Waterloo, sous les ordres du Colonel Vautrin, ils faisaient partie de la Brigade du Général Bauduin ,au sein de la 6ème division du Prince Jérôme Bonaparte (1784-1860). Ils participèrent aux attaques sur le château d'Hougoumont. Les charges répétitives du régiment lui coûtèrent quelques 25 officiers et 460 soldats morts ou blessés. Le Colonel Vautrin, à la tête de ses hommes, se retrouva parmi les blessés.

Tel que fut le cas avec les autres régiments des armées de l'empereur, le 3ème de ligne fut finalement licencié durant la période de Septembre à Octobre 1815.
Les honneurs de bataille cité sur leur étendard (model 1812) étaient les suivants ; ULM - AUSTERLITZ - IENA - FRIDLAND - ECKMÜHL - ESSLING - WAGRAM.

Aujourd'hui, le 3ème régiment d'infanterie motorisé est stationné à Nîmes dans le sud de la France. Au mois de Mars 1995, le régiment célébrant son 500ème anniversaire, invita bon nombre de reconstituteurs de partout en Europe afin de participer a l'événement.

La tradition du Piémont vit toujours!

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